Rattrapage mois d'avril
Par Sylvanito, vendredi 5 mai 2006 à 02:12 :: Cinema :: #22 :: rss

Devant les retards que j'accumulais pour écrire, j'ai décidé d'adopter un format plus court pour les critiques de films. Parce que la synthèse est un challenge intéréssant pour un perfectionniste de l'écriture, et aussi parce que ce sera moins pénible à lire ! Voici donc un condensé de mes tribulations dans les salles obscures au cours de ce mois chargé en sorties.
26 avril
Silent Hill
Voila ce qui arrive quand on confie une adaptation à un passionné, un vrai cinéphile plutot qu'à un tâcheron impersonnel de studio. Au lieu de produire un énième Resident Evil ou Mortal Kombat, on obtient la seule transposition de jeu vidéo au cinéma qui soit une réussite de bout en bout (Final Fantasy étant hors concours, réalisé par ses auteurs eux-mêmes!). Silent Hill, c'est deux heures d'angoisse, d'envoûtement et de pur cinéma. L'immersion dans ce monde oppressant est totale, le mystère habilement dévoilé peu à peu et mis en image avec une maîtrise impressionnante qui transpire le respect pour le matériau d'origine. La passion de Christophe Gans pour le jeu, qui lui a valu d'être retenu pour le projet, est palpable. Son talent l'est aussi : évitant les excentricités dans tous les sens typiques de son Pacte des Loups, il en a retenu par contre la maîtrise formelle des images. Ce Gans-là rappelle plutôt le Gans de Crying Freeman. Ses plans, très travaillés, ne magnifient non plus les arts martiaux mais un univers fantastique très riche, sublimé par des effets spéciaux saisissants. Que certains acteurs soient un peu tièdes ne gâche pas le plaisir : Silent Hill, rencontre réussie d'un jeu passionnant et d'un cinéaste passionné, est d'ores et déjà un grand cru du film d'horreur qu'il serait presque insultant de cantonner à ce genre.
19 avril
V pour Vendetta 
Une "vision sans concession du futur" réussie à bien dés égards. L'Angleterre du film baigne dans un régime pas si lointain que ça (le chancelier ressemble à s'y méprendre à Hitler), un futur qui est tout sauf improbable : le parallèle avec les dérives sécuritaires actuelles est explicite et expliqué. Blockbuster subversif et efficace, V l'emporte aussi sur la forme, malgré un ou deux combats grotesques et une musique parfois inappropriée. Plusieurs scènes flirtent avec l'anthologie, donc un final époustouflant aux allures de chute du Mur de Berlin, des images qu'on aimerait voir plus souvent hors des salles. Quelques occasions manquées font rater à V pour Vendetta le label chef d'oeuvre, comme un final trop précipité et le sous-emploi de rôles comme le flic, personnage aussi passionnant que V lui-même, ou encore le dictateur que l'on ne voit quasiment qu'a travers un écran. On aurait aimé que certains aspects soient plus creusés, quitte à rallonger le film. Mais ne boudons pas notre plaisir, V pour Vendetta est un blockbuster efficace et intelligent qui a le mérite, entre deux explosions, d'agiter comme il le peut les consciences.
19 avril
OSS 117 - Le Caire, nid d'espions 
A ne surtout pas prendre au premier degré, OSS 117 est une pure merveille de kitsch jouée avec un sérieux désarmant dans une ambiance résolument fifties. Ici, pas de gags pipi-caca très "Humour Canal", on est plus près du Magnifique de Philippe de Broca que de Austin Powers. La méthode est simple : jouer le premier degré à l'extrême, le ridicule des situations ne peut qu'éclater. Il faut voir Dujardin mettre une bagarre en pause pour placer, regard caméra : "J'aime me battre" avec le sourire Tonygencyl idoine, ou encore se gausser sans sourciller d'un "J'aime les panoramas". L'acteur s'approprie totalement cet agent secret macho, colonialiste et homophobe, l'exagère pour le rendre hyper drôle voire même attachant. Au final, on rit beaucoup et souvent, en tout cas bien plus que dans la plupart des comédies françaises du moment.
12 avril
Inside man 
Ce n'est pas sans curiosité qu'on attendait de voir un metteur en scène engagé comme Spike Lee sur un pur film de studio, un braquage de cinéma de plus mais celui-ci soi-disant très malin, ingénieux et surtout mettant en scène Denzel l'acteur fétiche, la très classe Jodie Foster et un Clive Owen qui n'en finit plus d'être bon (revoir Sin City ou La mémoire dans la peau). On espérait voir l'auteur transcender la commande, hélas il accouche d'un blockbuster petit joueur, longuet et décevant de classicisme.
D'abord, le suspense annoncé n'a rien d'extraordinaire. Pratiquement toutes les ruses sont connues dès la bande-annonce, l'histoire a tôt fait de livrer tous ses secrets et le casse se déroule mollement, sans nous passionner. Pire, l’action est entrecoupée par les interrogatoires des otages après leur libération ce qui contribue encore à désamorcer le suspense, sans apporter grand-chose en contre-partie. Le reste de la mise en scène est plate, et la longue durée de l'ensemble n'arrange rien.
Ensuite, Spike Lee n'oublie quand même pas ses revendications mais les distille très maladroitement. Semblant vouloir à tout prix placer son portrait d'un New York post-11 septembre déja (mieux) dépeint dans ses deux précédents (She hate me et La 25eme heure), il insère ça et la des dénonciations balourdes du racisme ordinaire, de la violence des jeux video ou encore de la culture gangsta rap qui paraissent bien hors-sujet. L'engagement du bonhomme s'assène avec de moins en moins de subtilité à chaque film. Bref, Inside man est un film acceptable mais qui ne satisfait aucun de nos espoirs légitimes. Malgré les talents conjugués de son réalisateur et de sa distribution quatre étoiles, le film ne décolle jamais de la moyenne des films du genre. Correct pour un dimanche soir à la télé.
12 avril
Les Brigades du Tigre 
Oubliez les à priori négatifs inculqués par les affreux Belphégor et autres Vidocq. Les Brigades du Tigre est une adaptation réussie, servie par une distribution éclatante et la maîtrise d'un réalisateur dont on avait tort de craindre le CV peu fleuri (Pièces à conviction : Bouge et Folle d'elle avec Ophélie Winter !)
Jonglant entre le film policier d'époque, le film politique et même le western, ce spectacle reste convenu mais divertissant, la multitude des personnages garantissant un rythme soutenu qui nous tient pendant deux heures jusqu'à un dénouement attendu (cela reste quand même un cours d'histoire) mais plaisant. Les péripéties abondent, les répliquent fusent ("- Vous n'arrêterez pas l'histoire." "- J'arrêterai la vôtre!") et les numéros d'acteur aussi : les salopards aussi bien que les superflics sont délectables. Dès lors, la réussite de l'ensemble pardonne facilement les quelques approximations historiques - Bonnot tenait plus du terroriste que de l'anar fleur bleue - et la monopolisation partielle de l'écran par Clovis Cornillac, son histoire avec Diane Kruger (personnage le moins convaincant) éclipsant ses collègues pendant presque une moitié du film. Les Brigades du Tigre est un ouvrage grand public haut de gamme qui rappelle que le cinéma d'aventures français peut donner de bonnes choses.
5 avril
Enfermés dehors 
Albert Dupontel est de retour et il est en forme. Son dernier OVNI filmique croise la folie de Bernie avec l'ambiance bigarrée d'Amélie Poulain. Ce "cartoon social" comme il le définit lui-même dépeint à nouveau un sociopathe qui trace son chemin sans se soucier des dommages collatéraux, et croise toute une galerie de personnages déjantés comme lui : une mère qui crie sur les toits, un PDG instable, des SDF doux-dingues ... l'excès et le pétage de plombs sont la règle, pour le plus grand plaisir des spectateurs qui savent à quoi s'attendre. Pour les autres, les gags récurrents style peau de banane (vérifier qu'aucun Dupontel n'a été blessé durant le tournage) et quelques bonnes trouvailles (les panneaux de pubs qui s'animent, excellent!) leur assureront de passer un bon moment. La jubilation vient aussi des nombreux caméos : les Deschiens, Jackie Berroyer et même deux des Monty Python font des apparitions en jouant à qui sera le plus déglingo.
Empreint de références à Charlie Chaplin et Tex Avery, martelé de gros rock qui tâche, ce délire survitaminé balance gros gags et répliques cultes à gogo mais aussi une forme de tendresse pour ses personnages. Un film réjouissant qui prouve que Albert Dupontel n'a pas perdu la main.
5 avril
Jean-Philippe

Raz-de-marée annoncé, promo insidieuse, mais avant tout comédie populaire réussie, Jean-Philippe mise tout sur un postulat de départ génial et son duo de gueules du show-biz. La mayonnaise prend sans difficulté grâce aux deux interprètes principaux et aux de bonnes idées de scénario qui ne manquent pas, il faut dire que la situation schizophrène de la "non-star" Johhny rend les choses faciles. Johnny en beauf', Johnny se faisant casser à la nouvelle star, Johnny chantant dans une maison de retraite : les détracteurs en auront pour leur argent, tout comme les fans, à qui l'on a réservé un final éblouissant et les titres phares de sa discographie repris non sans émotion. La star se moque joyeusement de son image et traverse le film de son jeu blasé car suffisant ; le comique des situations éclate tout seul.
Il n'y a donc heureusement nul besoin d'aimer Johnny Hallyday pour aimer Jean-Philippe, et ceux qu'il indiffère totalement ne seront pas pour autant à l'abri des fous-rires, la faute à l'énergie communicative d'un Luchini plus déchainé que jamais et à des apparitions surprises hilarantes qu'on se garde bien de vous révéler.
Commentaires
1. Le dimanche 7 mai 2006 à 09:46, par iftol
2. Le lundi 8 mai 2006 à 18:33, par MarionKrakotteGoulue.
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